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Elections présidentielles en France : Quelle est la position de chaque candidat à propos de la légalisation du cannabis ?

  • La confrontation présidentielle est le terrain rêvé pour ranimer un débat dont les braises couvent sous la cendre. Un français sur deux souhaite voir la question du cannabis abordée. Les derniers sondages donnent 61% d’opinions défavorables à toute avancée législative significative, mais ce chiffre est en baisse régulière. Avec 1,4 millions d’usagers réguliers et 4,6 millions d’occasionnels, le poids électoral de ceux qui sont en faveur de la légalisation va-t-il finir par contrebalancer celui des défenseurs de la prohibition ? Nous allons ci-dessous vous en dire un peu plus sur la position de chaque candidat à propos de la légalisation du cannabis.
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Pour des raisons historiques, le débat suit une ligne de clivage gauche-droite. En effet, c’est la droite qui est à l’origine de l’actuelle loi du 31 décembre 1970, jugée répressive, inefficace et grotesque par tous. Au début des années 1970, le gouvernement conservateur de Georges Pompidou cherchait à reprendre la main après la vague de contestation qui avait balayé la France au printemps 1968. Il fallait sacrifier un bouc émissaire sur l’autel de l’ordre moral et le cannabis constituait un symbole tout trouvé. Il était associé dans l’imaginaire collectif de la bourgeoisie à la subversion gauchiste et à ce que le général de Gaulle appelait « la chienlit ». Ces représentations, selon lesquelles le cannabis est un facteur de désordre, de criminalité et de déstabilisation de la société demeurent, tout comme la loi qui a consacré sa pénalisation.

Avant de passer en revue la position respective des candidats à la présidentielle, examinons brièvement le quinquennat de François Hollande, dont on ne sait plus très bien s’il peut être qualifié de droite ou de gauche. Le Président « normal », comme nombre de ses prédécesseurs a souhaité inaugurer son mandat par une réforme de société qui puisse aussi constituer un marqueur de la gauche progressiste. Mais sa préférence est allée au mariage pour tous, réforme dont il pensait, peut-être bien à tort, qu’elle caresserait l’opinion dans le sens du poil. Le courage politique a fait défaut pour mettre sur la table une évolution significative de la loi de 1970. Par ailleurs, les gouvernements de gauche se croient toujours obligés d’en faire des tonnes sur le terrain sécuritaire, afin de ne pas laisser la droite préempter ce terreau électoral si fertile. Manuel Valls, d’abord ministre de l’Intérieur, puis premier ministre, a tenu le rôle du père fouettard de gauche à la perfection. Une avancée législative significative aurait fait tâche sur le costume de l’homme à poigne. Aussi, les coups de canif dans le lard législatif ont plutôt visé à renforcer l’efficacité de la répression.

La transaction pénale, entrée en vigueur fin 2015, permet aux officiers de police judiciaire de proposer aux consommateurs mis en cause un abandon des poursuites en échange du paiement immédiat d’une forte amende : une sorte de racket d’Etat, en somme. Ce manque de lucidité, cette fausse posture de fermeté, qui n’était que de la brutalité, a été sévèrement sanctionnée par les électeurs de gauche : un président sommé par les sondages de s’abstenir et un premier ministre éliminé dès le premier tour des primaires de son parti. Les autres candidats de gauche restés en lice semblent plus ouverts sur la question.

Quelle est la position de chaque candidat à propos de la légalisation du cannabis ?

Du côté d’Europe Ecologie Les Verts (EELV), les quatre candidats à la primaire sont pour la légalisation pure et simple, qui apparaît à Yannick Jadot, candidat finalement retenu comme la meilleure solution pour avancer à la fois sur le terrain des trafics et sur celui des addictions et de la santé publique. Cette position est ancienne et s’inscrit, d’après EELV, dans le cadre d’un projet de société plus tolérant, plus innovant, plus ouvert ou le consommateur ne serait pas considéré a priori comme un grand malade à soigner de toute urgence ou un délinquant qu’il importe de harceler. Jean-Luc Mélenchon, le ténor de FRANCE INSOUMISE, est aussi favorable à la légalisation, « comme pour l’alcool et le tabac » auxquels il compare volontiers le cannabis. « Je veux que l’on puisse faire campagne contre le cannabis. Pour cela, il faut le légaliser. (…) Et qu’on ne vienne pas me dire que je suis hypocrite. Ce qui est hypocrite, c’est de dire on l’interdit alors qu’on sait que tout le monde fume », déclare-t-il dans une vidéo de campagne. Benoît Hamon est également pour la légalisation et il s’en explique sur une vidéo publiée sur son site de campagne. Ses arguments sont proches des autres candidats : traitement des addictions et lutte contre les trafics. Son approche se différencie toutefois en ce qu’il parle ouvertement d’usage récréatif et de filière économique en gestation.

Il ne se prononce néanmoins pas sur des questions comme le modèle de production, la taxation éventuelle (inutile de rêver…), la distribution ou le statut de l’auto-culture. Sa vidéo devrait donc être un peu plus longue et détaillée pour convaincre l’électorat des consommateurs mais c’est un bon début, sympathique, encourageant. Emmanuel Macron, cultive l’ambiguïté et les effets de flou dans ses éléments de langage sur le cannabis. Dans un premier temps, il s’est déclaré ouvert à une « réflexion nécessaire » sur l’adaptation de la loi de 1970 mais ne prône qu’une dépénalisation limitée et une exploitation économique de la filière. De récents revirements dans les sondages l’ont toutefois conduit à durcir sa position. Dans Le Figaro, ne plaide-t-il pas soudain pour la « tolérance zéro pour la délinquance du quotidien » ? « Cela concerne aussi les stupéfiants : je ne crois pas à la dépénalisation des petites doses ni aux peines symboliques. Cela ne changerait rien". Comme le disait un ministre « Ce n’est pas la girouette qui tourne, c’est le vent ». A droite, il ne se trouve pas un seul avocat pour plaider la cause d’un rajeunissement de la loi. Les caciques, chez Les Républicains, affichent une belle unanimité sur le sujet. Ils se refusent à distinguer entre drogues dures et douces, usagers et consommateurs, trafic mafieux et auto-culture.

« il faut consacrer toutes nos forces à une lutte de chaque instant contre la drogue »

Le discours le plus à même de séduire leur électorat souvent provincial, âgé et conservateur est celui de la tolérance zéro. Il consiste à se poser en rempart, sinon solide, en tous cas ferme, contre la décadence, le relâchement des mœurs, la criminalité. François Fillon, candidat investi par ce parti a été plébiscité lors de la primaire de son parti pour sa ligne néo-conservatrice. Pas question, donc, pour lui de se tirer une balle dans le pied en affichant le moindre intérêt pour la question. Le noyau dur du lobby anti-cannabis, l’opposition idéologique à une certaine libération des mœurs trouvent toujours un écho dans cette tranche de l’électorat. Le FN n’est toutefois pas en reste et sa candidate, Marine Le Pen s’offusque même de ce que certains journalistes l’interrogent sur sa position « bien évidemment défavorable » à toute évolution, car, dit-elle « il faut consacrer toutes nos forces à une lutte de chaque instant contre la drogue ».

Finalement, on constate que les élus et décideurs politiques de tous bords n’ont pas de connaissances et encore moins d’expertise sur le sujet du cannabis, il n’y a que des degrés dans l’ignorance. Seul Benoît Hamon admet avoir déjà expérimenté le joint en ajoutant aussitôt que cela ne lui « a pas réussi ». Aucun d’entre eux ne consomme. Aussi leur discours est-il souvent un reflet de ce que leur électorat supposé souhaite entendre. On le sent bien, par exemple, aux louvoiements d’Emmanuel Macron qui a revu sa position, probablement rappelé à l’ordre par ses conseillers en image. Toutefois, on peut penser (ou rêver ?) qu’un Président de gauche fraîchement élu pourrait s’attaquer à un chantier législatif qui réclame à l’évidence de l’attention, tout comme François Mitterrand, en son temps, profita de sa fonction pour en finir avec la peine de mort ou bien légaliser les radios libres.

23/02/2017

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